pan hou village hoang su phi

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Thomas Vinau a l’amour des ” nuisibles éperdus sans licol “, de la langue et de la nature, qui est un personnage à part entière dans ses histoires

Thomas Vinau a l’amour des ” nuisibles éperdus sans licol “, de la langue et de la nature, qui est un personnage à part entière dans ses histoires. Il est de la famille des Giono : cru, sensible, voyant/voyeur… vivant. ” Le lièvre est à la forêt. La douceur et la bestialité, la langue chaude de la mère, les babines retroussées du père sont à la forêt. La viande est à la forêt. Le flux et le reflux du sang, les muscles, les odeurs, les souffles sont à la forêt. Toutes les bêtes sont à la forêt. Ce qui grouille, ce qui fouille, ce qui bondit, ce qui se déploie, ce qui attaque, ce qui ronge, ce qui creuse, ce qui mord, ce qui broie est à la forêt. L’argent mort de la lune est à la forêt. La glaise, le vent, la brume et la rosée, toutes les obscurités appartiennent à la forêt. Elle est le foyer de tous ceux qui n’en ont pas. De tous ceux qu’on ne veut pas. De tous les chassés, les fuyards, les proies. L’ombre est à la forêt. L’ortie et la ronce, la chouette et le goupil, l’ours et le coucou, le loup et le hérisson, le givre et l’orage, la larve et le serpent. Longtemps elle a été l’ennemie des hommes, son piège, sa mère cruelle. Il s’en est extrait en s’unissant, à force de courage et de lutte, pour se déployer sous le ciel, à découvert. Il est devenu son conquérant. De ça comme du reste. Il l’a coupée en morceaux….. ” Thomas Vinau, ” Le camp des autres “.

Je suis à une terrasse

Je suis à une terrasse. À côté de moi, une tablée de joyeux collègues, tous blancs sauf un black. Ils sont copains, contents d’etre ensemble, et tellement soucieux de faire comprendre au dissident de la pigmentation que vraiment, ils l’intègrent, que c’est un festival de blagues à deux balles sur le fait qu’il est breton, français (“Euh… ben oui, en fait”, tente-t-il). Lui rigole poliment, avec bienveillance. On sent qu’il les sait un peu cons mais qu’il a la délicatesse de ne pas le leur faire sentir.

Bonjour les Gens !, -, ” Non – on ne pouvait pas laisser échapper des mains un tel jour sans en avoir sucé tout le plaisir caché insaisissable…

Bonjour les Gens !
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” Non – on ne pouvait pas laisser échapper des mains un tel jour sans en avoir sucé tout le plaisir caché insaisissable pour les hommes normaux.
Il y a des jours-fleurs et des jours-sueur ou crachat. Mais n’est-il pas relativement rare que les premiers s’épanouissent sur les autres après les avoir vaincus ?
Il faut parfois des mois entiers de travail noir et apparemment stérile pour pouvoir “cueillir en cachette un petit jour joli ou une appétissante petite demi-heure” – il se rappelait cette phrase déplaisante de Tengier. “
Witkiewicz ” L’inassouvissement “
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Nell Dorr. photo de couv. de l’hebdomadaire “ Mother and Child ” . 1940

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” (….) Dans la glorifications du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir – qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi, une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême. – Et puis ! épouvante ! le « travailleur », justement, est devenu dangereux ! Le monde fourmille d’« individus dangereux » ! Et derrière eux, le danger des dangers – l’individuum ! “
Friedrich Nietzsche, Aurore. Pensées sur les préjugés moraux. Traduction : Julien Hervier
photos : Henri de Toulouse-Lautrec s’exprime.
Quant à moi, fissa ! Pas tout ça mais cours philo ce matin, hein ! Toutes mes force
s, avanti !

Bonjour les Gens !, -, “Seul me porte vers les livres le désir d’y trouver ce que je ne soupçonnais pas, et c’est pourquoi je déteste les…

Bonjour les Gens !
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“Seul me porte vers les livres le désir d’y trouver ce que je ne soupçonnais pas, et c’est pourquoi je déteste les faiseurs de bouquins, les romances ficelées, cousues d’astuces, farcies de diables à ressorts, de pièges à souris.
Je leur préfère le bruit du tram ou les écrits intimes, les chroniques fragmentaires, la philosophie, les recueils d’anecdotes.
Ou le décompte que fit de ses chemises, dans la marge d’un sonnet, le pauvre Baudelaire.
Il me semble qu’on doit écrire : dire, crier, murmurer, et mille fois s’il le faut. Lorsque je lis ” expliqua-t-elle “, ou ” se justifia-t-il “, j’en ai le cœur qui se soulève. “
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David Bosc, Mourir et puis sauter sur son cheval,( vers de Mandelstam ) page 31

“Je voudrais vous parler, longtemps, avec des mots qui ne seraient pas seulement des mots, mais qui conduiraient jusqu’au ciel, jusqu’à l’espace,…

“Je voudrais vous parler, longtemps, avec des mots qui ne seraient pas seulement des mots, mais qui conduiraient jusqu’au ciel, jusqu’à l’espace, jusqu’à la mer. J’entends ce langage, cette musique; ils ne sont pas étrangers, ils vibrent autour, ils brillent autour, sur les rochers et sur la mer, ils brillent au centre des villes, même dans les yeux des passants.
Comment parler? Les mots de cette musique viennent d’un pays où le langage n’existe pas, où le langage est scellé, enfermé en lui-même, est devenu comme la lumière, visible seulement de l’extérieur. J’attends le moment, j’attends le moyen. Cela va venir, cela arrive peut-être. Au bord des nuages, comme sur une dune de sable, un petit garçon inconnu est assis et regarde à travers l’espace …
Je veux écrire pour la beauté du monde, pour la pureté du langage…
Je veux être du côté des animaux et des enfants, du côté de ceux qui voient le monde tel qu’il est, qui connaissent toute sa beauté…”
J.M.G. Le Clézio “L’inconnu sur la terre”
Eugène Delacroix. étude sur les nuages.

Bonjour les Gens !, -, ” Interroger l’habituel

Bonjour les Gens !
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” Interroger l’habituel. Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l’interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il semble ne pas faire problème, nous le vivons sans y penser, comme s’il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s’il n’était porteur d’aucune information.
Ce n’est même plus du conditionnement, c’est de l’anesthésie.
Nous dormons notre vie d’un sommeil sans rêves.
Mais où est-elle, notre vie ? Où est notre corps ? Où est notre espace ?
Comment parler de ces “choses communes” , comment les traquer plutôt, comment les débusquer, les arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu’elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes. “
Georges Perec, l’infra-ordinaire 1989
© Zdravko Mandic

“J’ai raté, le livre de ma vie, une nuit qu’on avait oublié, de mettre un crayon taillé, à côté de mon lit

“J’ai raté
le livre de ma vie
une nuit qu’on avait oublié
de mettre un crayon taillé
à côté de mon lit. “
Lise Deharme
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On peut pas s’emmêler ni les mélanger, y’en a qu’un !
” Ce crayon est le plus vieux connu au monde, il a été trouvé sur le toit d’une maison allemande construite en 1630, probablement laissé là par un charpentier pendant sa construction.”

Bonjour les Gens !, -Chantal Ackerman 1976

Bonjour les Gens !
-Chantal Ackerman 1976.
” Et je suis partie, une toute petite chambre blanche, au ras du sol étroite comme un couloir, où je reste immobile, attentive et couchée sur mon matelas. J’ai peint les meubles en bleu le premier jour. Je les ai repeint en vert le deuxième jour. Le troisième jour je les ai mis dans le couloir et le quatrième, je me suis couchée sur le matelas. Vide, la pièce est grande, je trouve. Le matelas, je l’ai changé de place le 5ème jour.”
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” Je suis couchée, et je lui écris couchée le sixième jour. Le huitième ou neuvième jour, j’ai recommencé la même lettre et mangé beaucoup de sucre en poudre. J’ai lu ce que je lui avais écrit et je me suis couchée sur mon matelas et je me suis levée pour me déshabiller et, nue, je me suis recouchée. Je me suis couverte de mes vêtements et j’ai attendu et puis j’ai essayé de contrôler ma respiration et puis j’ai oublié de continuer ce jeu et puis j’ai attendu. J’ai su qu’il y avait sans doute 28 jours que j’étais là “
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“J’ai attendu quelque chose, que je crois en Dieu ou que tu m’envoies une paire de gants pour sortir dans le froid. “
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” Il a neigé pendant quatre jours. Il a cessé de neiger. La neige a fondu, je me suis levée, mes vêtements sont tombés dans le peu de sucre qui restait par terre et je me suis retrouvée nue. “
un peu beaucoup du texte off du film de C. Ackerman ” Je-tu-il-elle ” . 1976. Revu cette nuit. Celui que je veux revoir.
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Photo ou photogramme : je ne sais rien. Auteur Inconnu.